Lors de ce conflit, les règles de combat se sont radicalement transformées avec la modernisation de l'armement.
L'infanterie est détrônée par l'artillerie dont l'utilisation ne cessera de se perfectionner, ce qui entraînera de profondes mutations dans de nombreux domaines tels que l'uniforme des soldats ou encore les protocoles de soins. Elle est responsable de près de 70 % des morts au champ d'honneur.
L'aviation connaît elle aussi un essor sans précédent et la guerre sous-marine est ouvertement déclarée.
Sur terre, en mer ou dans les airs, tous les moyens sont déployés pour venir à bout de l'ennemi.
Cars et autobus anglais transportant des troupes françaises en repos à Calais. Fauquembergues, [1914-1918]. Tirage photographique au gélatinobromure d’argent, 9,7 x 17,5 cm. Archives départementales du Pas-de-Calais, 43 Fi 13.
La France a su faire preuve d’une grande efficacité en matière de concentration rapide de ses troupes. Tous les moyens de déplacement mécanisés ont été utilisés pour permettre aux hommes de rejoindre leur lieu de garnison, même si le soldat est avant tout un marcheur, pouvant effectuer près de 30 km par jour, avec sur le dos un "barda" pesant de 25 à 30 kg.
Dès le 2 août 1914, les chemins de fer français passent sous autorité militaire. En une seule journée, ce sont vingt-trois trains qui quittent Calais puis quarante autres les deux jours suivants. D’autres moyens de transport même les plus improbables sont mobilisés pour le transport des troupes d’un point à un autre : camions de ravitaillement en viande fraîche, tracteurs et même bus anglais. En effet, à l'image des taxis de la Marne, près de 1 200 bus londoniens (soit le tiers des bus de la capitale britannique) sont réquisitionnés avec leur chauffeur pour transporter des soldats vers le front, acheminer des vivres, servir d'ambulance et même de pigeonner-roulant. Ces bus ont traversé la Belgique, le Nord et le Pas-de-Calais, la Picardie et certains d’entre eux se sont rendus jusqu'en Grèce.
Projecteur de défense anti-aérienne de 120 cm de diamètre sur le front de mer. Calais, [1914-1918]. Tirage au gélatinobromure d’argent, 16,5 x 12,5 cm. Archives départementales du Pas-de-Calais, 43 Fi 216.
La Grande Guerre marque l’essor de l’aviation militaire. En 1918, la France compte à son actif 3 440 avions et le Royaume-Uni, 22 000. Dans les premiers mois du conflit, leur rôle se limite à des vols de reconnaissance mais, très vite, ils vont être équipés de mitrailleuses permettant des attaques aériennes, avant que n’apparaissent des appareils de grande puissance, capables de bombardement. Parallèlement, la lutte anti-aérienne se développe tant au sol que dans les airs.
Tout au long du conflit, la ville de Calais vit sous la crainte d’attaques aériennes, en raison du développement des bases anglaise et belge et de l’importance de son port. Elle subit soixante-sept bombardements et est atteinte par près de 1 880 projectiles. Le camp de Calais organise en conséquence tout un dispositif de prévention et de défense : postes de guet, répartis en trois demi-cercles depuis le cap Gris-Nez, projecteurs, sirènes et abris, mitrailleuses et artillerie anti-aérienne.
Huit projecteurs de défense anti-aérienne sont utilisés à Calais à partir de 1917, cinq français, deux britanniques et un belge (sur camion automobile) ; ils permettent de repérer et de suivre les avions volant à une altitude de plus en plus élevée. Ils se composent d’un réflecteur parabolique en verre, de diamètre variant suivant les modèles (0,60, 0,90 ou 1,20 m). Ils sont généralement installés à proximité d’une batterie de tirs contre les avions.
Soldats dans une tranchée. Sans lieu, [1914-1918]. Diapositive sur plaque de verre, colorée. Archives départementales du Pas-de-Calais, 36 Fi non coté.
Après une guerre de mouvement marquée par de violents carnages, s'installe une guerre de position et d'usure. À partir de la mi-octobre 1914, pour se protéger des mitrailleuses, les soldats commencent à aménager de véritables tranchées. Un dispositif complexe se met progressivement en place, comprenant plusieurs lignes de tranchées reliées par de multiples boyaux de communication. Constamment remodelées en raison des intempéries ou des coups de l'artillerie adverse, elles sont complétées, très tôt du côté allemand, par des blockhaus en béton et par l’enterrement des abris à plusieurs mètres de profondeur.
Les tranchées restent caractérisées par leur inconfort et leur équipement sommaire. Les poilus s'y enterrent pour s'y reposer, attendre et préparer l'assaut, dans des conditions d'hygiène insoutenables. Les corps sont soumis aux multiples agressions que sont l'humidité, les engelures, les brûlures et plaies purulentes. S'y ajoutent les odeurs pestilentielles d'urine, de transpiration et de cadavres en putréfaction, rendant l'atmosphère nauséabonde.
La vie y est de plus marquée par la prolifération des poux et surtout des rats, attirés par la nourriture et les cadavres que les soldats ne peuvent enterrer.
Mais c'est l'eau qui est l'ennemi le plus insidieux. Non seulement elle trempe les hommes jusqu'à l'os, mais elle imprègne la terre, remplit les tranchées et provoque l'éboulement de leurs parois.
Seule de la sélection non localisée, cette photographie est extraite de la collection de plaques positives colorées utilisée après-guerre, pour ses conférences, par l’imprimeur achicourien Charles Lecointe (1884-1983).
Des soldats de la 55ième division britannique aveuglés par les gaz lacrymogènes attendent d'être soignés dans un poste de secours avancé durant la bataille d'Estaires. Près de Béthune, 10 avril 1918. Prise de vue : sous-lieutenant Thomas Keith Aitken. Photographique négative, 10 x 12,6 cm. Imperial War Museum, Q 11586.
Dans une sorte de chaîne macabre, des soldats britanniques gazés lors du second jour de l’offensive Georgette se tiennent par les épaules, attendant les soins et le réconfort.
Le 22 avril 1915 a lieu la première attaque au gaz contre les positions françaises et britanniques du saillant d'Ypres en Belgique. Le XVe corps du général von Deimling ouvre les vannes de 5 730 cylindres pressurisés, contenant 150 tonnes de chlore. L'attaque coûte plus de 5 000 hommes aux troupes françaises et 15 000 intoxiqués.
Elle marque le début de l'emploi massif des agents chimiques et toxiques issus des progrès de l'industrie. Alors que la guerre s'enlise dans les tranchées, leur utilisation suscite l'espoir d'une percée fulgurante du front, permettant de redonner au conflit sa mobilité perdue.
Au chlore, s’ajoutent les obus au phosgène (décembre 1915) puis à l'ypérite (juillet 1917). Les différents gaz utilisés provoquent chez les soldats des brûlures chimiques de la peau, des muqueuses et des yeux.
Artilleurs allemands, au lieu-dit "Halpegarbe". Entre Lorgies et Illies (Nord), 7 mars 1915. Carte postale, tirage au gélatinobromure d’argent. Collection privée.
C’est une vision presque idyllique que propose ce cliché, pris par un soldat allemand, sans doute du 22ième régiment d’artillerie de campagne, à la veille des combats de Neuve-Chapelle : placé comme à l’entraînement – voire à la fête foraine, comme pourrait le laisser supposer le panneau accroché au-dessus du canon –, chacun occupe savamment son poste pour le tir.
Responsable de près de 70 % des morts lors de la Première Guerre mondiale, l’artillerie ne cesse de faire des progrès considérables, notamment par l’amélioration constante des puissances et des portées de tir des explosifs. Les troupes allemandes ont la réputation d’être mieux équipées à ce titre que l’armée française, passant de 7 700 à 21 000 canons entre 1914 et 1918, contre de 4 400 à 14 000 du côté français.
La reine Mary de Teck, épouse du roi Georges V, inspectant un tank au dépôt et atelier du Tank Corps Central. Érin, 7 juillet 1917. Prise de vue : lieutenant Ernest Brooks. Photographie négative sur plaque de verre, 12 x 16,4 cm. Imperial War Museum, Q 3232.
Cette photographie est étonnante par le contraste visuel créé par la présence d’une femme en robe de la Belle Époque au milieu de chars et d’hommes en uniforme. Il s’agit en fait de la reine consort Mary de Teck, l’épouse du roi d’Angleterre George V.
Selon la date de la photographie (7 juillet 1917), les tanks qui l’entourent peuvent être des Mark I, II ou même IV. Il est en effet difficile de les distinguer car ils se ressemblent beaucoup. Seuls quelques éléments techniques les différencient. Les tanks Mark, utilisés par les Britanniques, sont considérés comme les premiers chars d’assaut opérationnels au monde.
Les chars Mark I et II sont ainsi utilisés pendant la bataille d’Arras, en avril 1917 et les chars Mark IV servent massivement durant la bataille de Cambrai qui s'est déroulée du 20 novembre au 7 décembre suivant.
Cette photographie est prise lors d’une inspection qui a eu lieu dans la petite commune d’Érin, dans le Ternois.
Équipe de journalistes canadiens quittant Boulogne-sur-Mer à bord d'un bateau à camouflage disruptif. Boulogne-sur-Mer, 29 juillet 1918. Prise de vue : sous-lieutenant David McLellan. Photographie sur plaque de verre, 10 x 12,6 cm. Imperial War Museum, Q 10375.
Boulogne-sur-Mer, Calais et Dunkerque représentent les trois principaux ports du littoral au cours de la première guerre mondiale. Celui de Boulogne incarne l’élément essentiel de l’appareil logistique mis en place par les alliés pour alimenter les combattants au front. Il est en outre la principale base française des flottilles de la Manche abritant torpilleurs, sous-marins ou encore dragueurs de mines.
Toutes les nations de l’empire britannique y séjournent. En juillet 1918, afin de répondre à la demande d’information croissante des Canadiens sur le théâtre des opérations européennes, le Ministry of Information convie des journalistes canadiens en Angleterre et en France. Le général Sir Arthur Currie, commandant du Corps canadien, les accompagne sur la crête de Vimy, au château de Beaurepaire où loge le maréchal Haig, à Hazebrouck, Ypres et Verdun. L’équipe quitte Boulogne pour l’Angleterre le 29 juillet à bord d’un paquebot camouflé.
Le dazzle camouflaged, dénommé en France "camouflage disruptif", est une technique de camouflage destinée à protéger les bateaux des tirs d'artillerie et des torpilles. L'objectif ne consiste pas à dissimuler le navire, mais à tromper l'ennemi en l'empêchant d'identifier correctement le type de bateau, sa vitesse et son cap. Toute cette technique repose sur l'illusion d'optique née de ses motifs entrecroisés.
Avion belge en panne sur la plage. Calais, [1914-1918]. Prise de vue : Émile Camys, directeur de l’école de musique de Calais et compositeur calaisien. Tirage photographique retouché. Archives départementales du Pas-de-Calais, 43 Fi 187.
Devant un avion belge en panne, sur la plage de Calais, se pressent de nombreux curieux. À marée basse, les vastes plages de la côte d’Opale sont, de fait, des terrains d’atterrissage idéaux pour des avions en perdition.
Les premiers avions utilisés sont des appareils structurellement fragiles, bien qu’ils se soient considérablement améliorés durant le conflit. Il s’agit ici probablement d’un Sopwith Camel, un avion de chasse britannique, produit à partir de décembre 1916 et utilisé par l'armée belge dès le mois de mai 1917. Cet avion est réputé pour sa maniabilité, mais difficile à piloter.
L'aviation belge doit son origine à la création d’une "compagnie des aviateurs", en avril 1913. Au début de la guerre, elle ne dispose que de 22 appareils ; elle prend officiellement le nom d’"Aviation militaire belge", le 20 mars 1915.