Si l'arrivée d'un enfant trace une empreinte indélébile dans la mémoire de tous ceux qui deviennent parents, celle-ci n'est pas toujours synonyme de bonheur absolu. Pendant longtemps, l'accouchement mettait grandement en péril la vie des mères et de leurs enfants.
C'est au XVIIIe siècle que se professionnalise et se médicalise réellement l’obstétrique avec l'institutionnalisation du rôle des sages-femmes. Ces progrès médicaux et l'engagement de l'État contre la mortalité infantile contribuent à améliorer la situation et à garantir l'évolution démographique du pays.
La grossesse
En 1556 est instituée la déclaration de grossesse pour les femmes non mariées ou veuves. Par cet acte, elles font savoir à l’autorité judiciaire qu’elles sont enceintes et révèlent le nom du père afin que celui-ci participe à l’entretien de l’enfant à naître. Cette mesure vise à réduire le nombre d’infanticides et d’abandons d’enfants.
Le présent registre, tenu par le juge de paix, fait apparaître le certificat de décès d’un enfant mort-né. Le "chirurgien de la ville d’Hesdin" atteste qu’il s’agit bien d’une mort naturelle.
Transcription : Je soussignés chirurgien de la ville d'Hesdin certifie mettre transporté le 4 du courant en la maison de la citoyenne Marie-Joseph Blanty à six heures du soir pour faire visite de l'enfant de Marie-Cécile Loisel accouché à terme, lequel enfant j'ai trouvé mort sans aucune marque de suffocation distinctive. Au rapport de la sage femme qui m'a déclaré que cet enfant était venu mort au monde, ce qui est prouvable par la raison qu'elle m'a assuré [...] que le cordon ombilical était en état de pourriture et direction ce qui donne lieu de croire que l'enfant ne pouvant avoir une nourriture nécessaire à sa vie ne pouvait nullement exister plus longtemps dans le sein de sa mère. A Hesdin, ce 16 janvier 1793
L'accouchement
Il faut attendre le XVIIIe siècle pour que la mort des femmes en couche et des nouveau-nés ne soit plus considérée comme inéluctable et qu’émerge une volonté d’améliorer les conditions de la naissance. Les accoucheuses, qui ne possédaient jusqu’alors que des connaissances empiriques, vont bénéficier d’une véritable formation professionnelle. Les manuels d’obstétrique et d’anatomie se multiplient et des mannequins, ou fantômes, sont créés pour apprendre le mécanisme de l’accouchement.
En 1772, une école de chirurgie s’ouvre à Arras ; le professeur Jean-Pierre Nonot y est chargé des cours d’accouchement.
Transcription : Je soussigné ancien chirurgien des armées françaises dans la guerre de Sept ans, professeur de chirurgie et démonstrateur d'accouchements aux Écoles publiques établies en la ville d'Arras, sous la surveillance immédiate et aux dépens de l'administration du département du Pas-de-Calais, certifie que la citoyenne Marie Catherine Geneviève Guénez, agée d'environ vingt-deux ans, native de la commune de Vieille-Église, canton de Nouvelle-Église, district de Calais, département du Pas-de-Calais, a fait sous moi plusieurs cours complets d'accouchements, et que l'ayant interrogée après chaque leçon, j'ai été satisfait de ses réponses : que l'ayant de plus exercée sur tous les accouchements, par le moyen d'un fantôme, elle y a très bien réussi. En conséquence, je lui ai confié parmi les pauvres femmes de cette commune un grand nombre d'accouchements dont elle s'est tirée avec un succès satisfaisant ; c'est pourquoi je la juge en état de s'établir pour exercer la profession d'accoucheuse. En foi de quoi je lui ai délivré le présent certificat à Arras le dix-neuvième jour du brumaire de l'an deux de la République française, une et indivisible, et de l'ère ancienne le neuf novembre 1793. Signature : Nonot.
Bien que l’importance de la médicalisation de la naissance soit établie depuis le XVIIIe siècle, l’affirmation de la sage-femme sur la matrone peine à se mettre en place hors des grandes villes. Jugées incompétentes et responsables de la mort des nouveau-nés et des femmes en couche, les matrones font l’objet de critiques violentes de la part des sages-femmes ayant reçu une véritable formation médicale.
Transcription :
A Monsieur le Préfet du Département du Pas-de-Calais, à Arras
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance les faits suivants. Le 5 novembre 1913 je suis sortie comme sage femme diplômée de la faculté de médecine de Lille, interne de la maternité d'Arras. Je vuis venue m'installer à Loos-en-Gohelle le 7 janvier 1914, cette localité ne possédant pas de sage femme, le service était assuré par une matrone Madame Gaigneur, demeurant à Loos.
Malgré mes avertissements, cette dame continue l'art des accouchements, me causant un préjudice appréciable. Son incapacité a été dernièrement la cause de la mort de deux nouveaux-nés. Monsieur le Docteur Robillau peut témoigner de ces faits.
Je viens vous prier d'avoir l'obligeance de faire inviter cette femme à ne plus continuer ce métier. En cas de non réussite après votre intervention, je me verrai dans l'obligation de déposer une plainte entre les mains de Monsieur le Procureur de la République de Béthune car Madame Gaigneur se fait rétribuer.
Veuillez agréer Monsieur le Préfet, l'hommage de mon profond respect. Émilia Husquin, sage femme à Loos-en-Gohelle, le 6 mars 1914.
Jusque dans les années 1920-1930, les naissances à l’hôpital – qui ne concernent que les filles-mères et les femmes de basse condition sociale - sont plus dangereuses qu’à domicile, en raison des infections et notamment de la fièvre puerpérale. Il faut attendre les années 1950-1960, les progrès de l’obstétrique et des accouchements "sans douleur", pour que la majorité des femmes mettent au monde leurs enfants en milieu hospitalier.
Le faire-part de naissance
La baisse de la mortalité infantile fait évoluer le rapport à l’enfant. Le bébé, qui a plus de chance de survivre, devient un être à part entière.
Le faire-part de naissance, déjà en usage dans l’aristocratie, se répand dans la bourgeoisie au milieu du XIXe siècle, puis se démocratise.
Jusque dans les années 1870, il ne fait apparaître que le sexe de l’enfant, le prénom n’étant donné qu’au moment du baptême.
Peu à peu, l’enfant devient le centre de la famille. Ce sont les frères et sœurs qui annoncent la naissance.
Le baptême
À partir du XVIIe siècle, le bébé n’est plus immergé entièrement ; on remplace alors le grand linge brodé dans lequel il était enroulé, par une robe blanche parfois confectionnée dans la robe de mariée de sa mère. Il porte également un petit béguin blanc.
Photographie prise vraisemblablement entre le milieu de l'année 1915 et la fin de 1916, par un soldat du 4ième génie, aux environs d'Arras et de Béthune.
Politique nataliste
La médaille de la famille française est créée par décret du 26 mai 1920 sur proposition de Jules-Louis Breton, ministre de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociale.
La première Journée nationale des mères de familles nombreuses est célébrée la même année, afin que La République témoigne d'une manière éclatante de sa gratitude et de son respect envers celles qui contribuent le plus largement à maintenir par leur descendance le génie et la civilisation, l'influence et le rayonnement de la France .
Face au déficit démographique qui suit la Première Guerre mondiale, l’État met en effet en place une politique nataliste et valorise la famille.
La Fête des mères françaises est décrétée en 1926. Le 25 mai 1941, le maréchal Pétain institue définitivement la "journée nationale des mères" et en fait une fête préparée par les enfants le dernier dimanche de mai.
Concours de bébés
En 1911, est organisé à Arras le premier concours de bébés ouvert aux enfants d’un mois à cinq ans. Cette manifestation, proposée par la Société de secours mutuels, est accompagnée d’une série de conférences ayant trait à l’hygiène infantile.
Ce concours est avant tout prétexte à la délivrance d’un message social et hygiéniste. Face à une mortalité infantile élevée, les autorités ont créé en 1848 les conseils départementaux d’hygiène et tentent de lutter contre l’une des causes de cette surmortalité : le manque d’éducation sanitaire.