La notion d'école publique est imaginée dès la Révolution pour former les citoyens de la République. À la fin du XIXe siècle, une loi instaure en France un enseignement primaire public même si celui-ci n'est pas encore rendu obligatoire.

Au fur et à mesure, on construit des programmes scolaires de plus en plus fournis, validés par des cycles d'apprentissage et des diplômes, tel que le célèbre certificat d'études.

L'instruction publique

En 1793, P.C.F. Daunou, député du Pas-de-Calais, souligne dans son Essai sur l’instruction publique l’impérieuse nécessité pour la Révolution d’éduquer la jeunesse, d’instruire tous les âges. Cette idée est reprise par Danton dans un discours à la Convention : " C’est dans les écoles nationales que l’enfant doit sucer le lait républicain ".

Pour construire une société nouvelle fondée sur la Raison et forger une Nation de citoyens libres et égaux, la Révolution doit éduquer le peuple. De nombreux plans d’éducation et d’instruction sont conçus. Puisqu’il incombe aux maîtres d’école de forger les esprits, devenir instituteur demande désormais qu’à une morale irréprochable, à un civisme au-dessus de tout soupçon, on allie une certaine compétence.

Lettre du maire de Guarbecque aux administrateurs du district de Béthune, attestant du civisme et de la compétence de l’instituteur de la commune, 29 floréal an II. Archives départementales du Pas-de-Calais, 2 L 3/94.

Lettre du maire de Guarbecque aux administrateurs du district de Béthune, attestant du civisme et de la compétence de l’instituteur de la commune, le 29 floréal an II :

" Il y a un instituteur dans cette commune de Guarbecque âgé de vingt neuf ans qui se nomme Pierre Joseph Clairbout. Il a commencé à établir son école le quinze ventôse pour apprendre à lire, écrire et ortographer, de quoi il est en état de le faire. Il instruit les Enfants de la Constitution sur le droit de l'homme, sur le gouvernement Républicain et l'arithmétique. "

Dans un décret du 27 brumaire an II, Joseph Lakanal, membre du Comité de l'Instruction publique de la Convention, impose l’ouverture d’une seule école (divisée en deux classes, l’une pour les filles, l’autre pour les garçons) pour mille habitants.

Pétition du conseil général de la commune de Caucourt, privée de son instituteur, adressée aux administrateurs du district de Béthune, 19 ventôse an III. Archives départementales du Pas-de-Calais, 2 L 3/94.

Les enfants de plusieurs villages sont regroupés, ce qui provoque la colère des communautés d’habitants, mécontentes de se voir privées de leurs écoles, d’autant que l’état désastreux des routes et des chemins est parfois un obstacle infranchissable pour les enfants.

Ainsi en atteste la pétition du conseil général de la commune de Caucourt, privée de son instituteur, adressée aux administrateurs du district de Béthune le 19 ventôse an III :

" Le Conseil général de la commune de Caucourt ne peut s'empêcher de vous exprimer au nom de ses habitants combien ils sont affligés en voyant par la démacartion proposée que leur commune va être privée de l'avantage de posséder dans son sein un insitutteur dont elle croyait jouir à tous égard, malgré sa population de 405 individus, malgré l'étendue de sa commune qui éloigne une partie de ses habitants de plus de trois quarts de lieues de celle de Gauchin qui parait être le lieu destiné à cet établissement. Au moins soixante jeunes de l'un et de l'autre sexe ne pourront pendant l'hiver franchir l'obstacle des chemins et des mauvais temps et perdront par ce moyen le temps le plus précieux à l'éducation qui leur est devenue si nécessaire. Cette commune sera donc privée en ce genre des bienfaits inestimables de la Constitution si par infortune elle ne peut obtenir un instituteur, elle espère au moins qu'il lui sera accordé une institutrice. C'est ce qu'elle attend de la bienveillance de ses administrateurs. "

Le 28 juin 1833, le ministre de l'Instruction publique François Guizot fait voter une loi instaurant en France un enseignement primaire public, même s’il n’appelle pas encore à l’obligation scolaire. Le premier règlement général relatif à l'enseignement primaire est publié le 25 avril 1834, sous le titre de Statut sur les écoles primaires élémentaires communales.

Instruction primaire, règlement de la classe, 1834. Archives départementales du Pas-de-Calais, 17 FIC 508.

Rendu obligatoire par l’arrêté du 18 janvier 1887, le registre matricule de tous les enfants reçus dans les établissements d’enseignement primaire public constitue un outil de gestion des effectifs, tant pour les directeurs d’école que pour l’autorité hiérarchique.

Ils acquièrent aujourd’hui un formidable intérêt historique, car ils comportent des informations comme le nom, l’adresse, la profession des parents, l’école d’origine de l’enfant s’il a changé d’école, ou la date de son certificat d’études. On y trouve aussi des indications sur les aptitudes de l’élève et sa conduite.

Registre matricule des élèves admis à l’école primaire élémentaire de garçons du Transvaal à Divion, 1929. Archives départementales du Pas-de-Calais, T 2415.

Dès 1848, une circulaire de Lazare-Hippolyte Carnot, ministre de l’Instruction publique, intègre l’enseignement agricole dans le programme scolaire : " L’enseignement primaire comprend les faits principaux de l’agriculture ".

Cet enseignement devient obligatoire en 1882 et en 1887 et les instituteurs sont encouragés à annexer un jardin aux écoles rurales, afin d'exercer les enfants à la pratique de l'agriculture. Les jardins sont aussi un précieux avantage pour l'enseignement des sciences naturelles.

La démocratisation des pratiques sportives dans le Pas-de-Calais s’est naturellement accompagnée de la création d’installations et d’équipements dévolus aux sports. Construits dans une perspective hygiéniste, associant éducation physique (civile et scolaire) et sports athlétiques, ces espaces se caractérisent souvent par leur audace architecturale et leur rationalité. Enserrés au cœur des villes, ces aménagements structurent parfois l’espace urbain lui-même.

Considérés aujourd’hui comme une discipline d’enseignement "à part entière", EPS et sport scolaire contribuent, pour le premier et le second degré, à diffuser auprès des enfants et des adolescents une culture sportive diversifiée, gage de santé et d’épanouissement personnel.

Paul Decaux, Commune d’Hermies. Terrain scolaire d’éducation physique et sportive, calque, 1941. Archives départementales du Pas-de-Calais, 45 J 241.

Matériel et fournitures scolaires

 

 

Modèles de plumes métalliques déposés au tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer. Archives départementales du Pas-de-Calais, 6 U 02/663.

Au début du XIXe siècle, la production mécanique à partir de tôle d’acier prend le relais de la plume d’oie. La plume métallique est utilisée pour l'apprentissage de l'écriture jusqu'aux années 1960 et le développement de l’invention du stylo à bille par le baron Bich.

Boulogne est de longue date une ville importante dans la production de plumes. Dès 1846, Pierre Blanzy et Eugène Poure fabriquent des plumes métalliques. En 1856, François Lebeau reprend la société Sauvage et Cie fondée en 1850 par Guillaume Sauvage. En 1875, il passe la direction de sa manufacture de plumes métalliques, crayons et porte-plumes à ses deux gendres, Ferdinand Farjon et Camille Baignol. D’excellente réputation, la maison Baignol et Farjon accumule les récompenses lors d’expositions internationales.

Commune d’Acq, liste des ouvrages achetés pour la bibliothèque scolaire, 25 mars 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, T 73.

La lecture étant considérée comme un des moyens les plus efficaces pour instruire et moraliser le peuple, des mesures sont prises dès les années 1830 par le ministère de l’Instruction publique pour distribuer des livres, notamment en milieu rural, grâce au réseau des écoles.

Gustave Rouland, ministre de l’Instruction publique et des Cultes, reprend cette idée et organise, par l’arrêté du 1er juin 1862, l’institution des bibliothèques scolaires dans les écoles primaires publiques. Pour ce faire, les communes peuvent demander une concession de livres au ministère, mais aussi faire subventionner l’achat de livres ou accepter des dons. Ce n’est que progressivement qu’elles vont inscrire cette dépense à leur budget.

Diplôme du certificat d’études primaires accordé à Achille Caron, 15 juillet 1899. Archives départementales du Pas-de-Calais, 88 J 1.

Le "certif"

Le "certif", certificat d’études primaires, instauré le 20 août 1866 et supprimé en 1989, reste, avec le baccalauréat, un diplôme emblématique dans l’histoire de l’éducation.

Dans sa loi du 28 mars 1882, Jules Ferry tente d’imposer et de démocratiser cet examen de fin d’études : Ceux qui, à partir de 11 ans, auront obtenu le certificat d’études primaires seront dispensés du temps de scolarité obligatoire qui leur restait à passer .

Ce sont les instituteurs ou les directeurs de l’école communale qui décident d’y présenter les élèves choisis parmi ceux qui ont le plus de chances de le réussir. Le taux de reçus est donc très élevé. L’obtention du diplôme marque soit l’entrée dans la vie active, soit le début des études secondaires.

Médaille de l'Instruction primaire en hommage à Albert Châtelet, [1906-1907]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 81 J 123.

Des symboles

Créée par la loi du 30 octobre 1886 sur l'organisation de l'enseignement public, dans le but de récompenser l'ancienneté des services, la médaille d'argent des instituteurs donne droit, entre 1930 et 1959, au versement d'une prime annuelle.

Gravée par Louis-Oscar Roty, elle représente une scène allégorique de transmission de savoir, entourée de l'inscription "INSTRUCTION PRIMAIRE - ÉDUCATION NATIONALE".