À toute époque, le quotidien des enfants a été bouleversé par les conflits armés. Suite au départ de leurs pères pour le front, certains les remplacent aux champs et dans les tâches quotidiennes. D'autres sont contraints de prendre le chemin de l'exil, d'où ils reçoivent l'annonce de la mort de leurs proches et leur nouveau statut de pupille de la Nation.
Victimes vulnérables de la barbarie des hommes, ils font l'objet de mesures protectrices spéciales dans les grands textes internationaux telle que la Déclaration universelle des droits de l'Homme.
Enfant soldat
Lors de la Première Guerre mondiale, les enfants sont particulièrement impliqués dans le conflit.
La presse enfantine, les dessinateurs et les écrivains exaltent les valeurs patriotiques en mettant en scène des enfants-soldats.
Objets de propagande, les enfants sont militarisés et apparaissent comme de futurs combattants dans une série de cartes postales intitulées Graines de poilus.
L'absence du père
Dès l’automne 1914, la guerre s’annonce plus longue que prévue.
La guerre de position pose à la France un réel problème de financement. Entre 1915 et 1918, l’État lance quatre grands emprunts qui s’accompagnent d’une imposante campagne d’opinion. Cette propagande fait appel au civisme des Français et à la confiance qu’ils portent en la République. Elle joue sur les sentiments des familles qui ont vu partir au front certains de leurs membres.
L’image de l’enfant laissé à sa mère est largement utilisée dans les affiches. Il est la principale justification de la guerre ; c’est pour assurer son avenir que son père se bat.
L’enfant doit également prendre sa part à l’effort de guerre. Les écoliers constituent, dans les campagnes, des équipes de volontaires agricoles.
Orphelins de guerre
Dès l’année 1917, l’augmentation du nombre d’orphelins amène le gouvernement de Georges Clemenceau à intervenir : la loi du 27 juillet accorde ainsi le statut de pupilles de la Nation aux enfants dont le père, la mère ou le soutien de famille est décédé du fait de la guerre ou de ses suites, ou se trouve dans l’incapacité de travailler.
Une fois le jugement d’adoption prononcé par un tribunal civil (exemple ci-dessous), le pupille de la Nation est pris en charge par l’État jusqu’à sa majorité. Il bénéficie d'une tutelle, d'un soutien financier et d'une protection sociale. Son dossier est géré par l’Office départemental des pupilles de la Nation, établissement public rattaché au ministère de l'Instruction publique. Cet organisme est finalement intégré à l'Office national des anciens combattants (ONAC), lui-même créé en 1916 sous le nom d'Office national des mutilés et réformés de la guerre.
La loi ne place nullement les orphelins sous la responsabilité exclusive de l’État. Les familles et les tuteurs conservent en réalité le plein exercice de leurs droits et, notamment, la liberté du choix de l’éducation.
Plus de 980 000 orphelins de la Grande Guerre seront adoptés par la Nation.
Fiche d'aide à la recherche : Je cherche un pupille de la Nation
Pendant le conflit, des journées de bienfaisance sont organisées pour venir en aide aux combattants, aux victimes, mais aussi aux familles.
En juin 1915, les fonds récoltés lors de la Journée de l'Orphelinat des armées permettent la création de l’association nationale pour les orphelins de guerre.
Outre les retombées économiques qu’elles génèrent, les journées de solidarité permettent de fédérer la population et de soutenir moralement les troupes en première ligne.
Les 1er et 2 novembre 1916, les écoliers sont invités à vendre des petits insignes en papier au profit " des innocentes victimes dont les pères sont tombés au champ d’honneur ".
Transcription.
" Journée nationale des orphelins, des 1er et 2 novembre 1916.
Français, Françaises,
C'est pour les petits dont les pères sont tombés au champ d'honneur, c'est pour que ces innocentes victimes d'une guerre imposée à la France que nous faisons appel à votre coeur.
En ces journées consacrées au culte des morts, vous vous rappellerez le sublime sacrifice de ceux qui offrirent leurs poitrines pour barrer la route aux envahisseurs, pour défendre vos foyers et vous-même, pour sauver la Patrie et la Civilisation. Votre pensée émue ira à ceux qu'ils ont laissés sans soutien : les femmes et les enfants qui pleurent... En apportant votre obole à la "Journée Nationale des Orphelins" vous songerez à vos propres enfants, à la vie douloureuse qui serait la leur si vous n'étiez plus là pour leur assurer le pain de chaque jour et les réconforter de votre tendresse.
Il faut que les enfants de ceux qui ont noblement donné leur sang pour la défense de notre pays en danger puissent vivre ; il faut qu'ils soient élevés comme leurs pères eussent voulu les élever eux-mêmes ; il faut que l'union réalisée dans la lutte contre l'ennemi se réalise de même pour la protection de ces petits êtres, qui ont droit à l'affection et à la reconnaissance de tous.
Pour sauver des existences indispensables à l'avenir de la race française, pour assurer le nécessaire aux petits orphelins de nos soldats, que le coeur de chacun s'émeuve et comprenne le grand devoir de la fraternelle solidarité.
Petits Français et petites Françaises
Pour les enfants dont les papas ne sont plus, donnez ce que vous pouvez, donnez un peu de votre joie, un peu de votre bien-être... et beaucoup de votre âme... Les orphelins de la guerre sont vos petits frères et vos petites soeurs.
Ne les oubliez pas...
La "Journée" est organisée en accord avec le "Secours National" par le Comité d'attribution constitué pour distribuer les fonds de la première Journée des Orphelins. Le Comité comprend des représentants de toutes les opinions, de toutes les croyances, de tous les milieux sociaux. Il a distribué dans tous les territoires français les trois millions de la première "Journée" à plus de 60 000 Orphelins nécessiteux par l'intermédiaire des Oeuvres qui en ont pris la responsabilité morale. "
Évacués... Réfugiés...
Les civils sont longtemps restés les "oubliés de la Grande Guerre", s’effaçant derrière l’héroïsme des combattants. La guerre est pourtant à l’origine de véritables bouleversements dans la vie quotidienne des enfants, qui ont souvent été entraînés dans le conflit par leur seule origine géographique.
Toute guerre engendre son cortège de réfugiés. Entre 1914 et 1918, on estime que plus de 1 500 000 Belges (soit 20 % de la population) ont pris le chemin de l’exil. Quelque 325 000 ont trouvé refuge en France, les autres sont accueillis aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.
En quelques semaines, plus de 80 000 réfugiés belges vont ainsi entrer dans Calais, en attendant de gagner une nouvelle terre d’accueil. Parmi eux se trouvent un grand nombre d’enfants.
En mars 1915, Arras redevient la cible des bombardements allemands. Dès le 23, le général Wirbel, commandant le 10ième corps d’armée, demande instamment au préfet de mettre tout en œuvre pour évacuer au plus vite les enfants, qui comptent parmi les victimes civiles. Ceux-ci sont pris en charge par la Croix-Rouge ou par des associations au sein de colonies scolaires, en France et même à l’étranger.
Transcription
" J'ai l'honneur d'appeler votre attention sur les ravages causés journellement par le bombardement dans la population civile d'Arras en particulier parmi les enfants même quand ce bombardement est peu intensif.
Le dimanche 21 mars notamment, le nombre des civils et enfants tués ou blessés s'est trouvé sensiblement supérieur à celui des militaires chargés de la défense du secteur.
A tous les points de vue les enfants doivent être préservés et mis à l'abri.
A la suite des accidents de dimanche dernier des consignes ont donc été données pour interdire d'une manière formelle de les laisser sortir dans les rues sans être accompagnés. Mais cette consigne n'est qu'un palliatif car les parents sont souvent eux-mêmes aussi imprévoyants qu'imprudents.
Il est à présumer d'autre part que les Allemands n'évacueront pas les environs d'Arras sans de nouveaux combats et sans chercher à détruire par esprit de vengeance ce qui reste encore debout de la ville.
En raison des bombardements à prévoir en conséquence il semble que des mesures plus sérieuses puissent être envisagées :
1. l'évacuation de tout ce qui reste de population pauvre secourue par l'État, la Municipalité ou les Institutions charitables. Tous ceux en effet qu'on est obligé de nourrir à Arras peuvent l'être ailleurs sans dépense supérieure.
2. l'évacuation de tous les enfants d'Arras qui pourraient être amenés en colonies scolaires à l'arrière de l'Armée peut-être même dans le département, en tout cas dans une zone absolument en dehors des risques de combat.
Je vous serai très obligé de vouloir bien me donner votre avis sur l'opportunité de cette mesure et sur les moyens de la réaliser. Je le transmettrai sans retard avec mes propositions au Général Commandant l'Armée. "
Transcription.
" Arras, le 29 mars 1915
Monsieur le Préfet
J'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance l'obtention ci-après.
Mon fils né le 27 novembre 1899 serait très désireux de partir à la prochaine évacuation. Au lieu d'être là à ne rien faire, il serait très content de pouvoir aller encore à l'école pendant toute la durée de la guerre.
Je vous serai très reconnaissant si vous pouviez donner suite à cette demande, étant fonctionnaire mon emploi m'obligeant de rester Arras.
Veuillez recevoir Monsieur le Préfet l'assurance de mon profond respect.
Cuisse, receveur d'Octroi, 29 rue Baudimont, Arras"
Partiellement envahi dès les premiers mois de la Grande Guerre, le département du Pas-de-Calais subit durant quatre années les plus pénibles et les plus douloureuses épreuves.
Les enfants n’ayant pas pu prendre la route de l’exode souffrent particulièrement de la faim, du froid et des bombardements.
Ils sont partout assaillis par l'indicible spectacle de la désolation : maisons éventrées, terres bouleversées, voies de communication impraticables, tissus urbains en lambeaux.
Discriminés... déportés...
En juin 1942, une ordonnance impose le port de l’étoile jaune à tous les juifs de plus de six ans. Ce signe distinctif, cousu sur leurs vêtements, complète et rend visibles les mesures discriminatoires mises en place depuis octobre 1940. Les enfants sont interdits dans les jardins publics, sur les terrains de sport, dans les écoles.
Cette nouvelle mesure coïncide avec l’amplification de la Shoah et l’intensification de la solution finale dans toute l’Europe.
En juillet 1942, les autorités allemandes lancent l’opération "vent printanier", qui vise à l’arrestation et à la déportation massive des juifs réfugiés en France. Le 11 septembre, à 4 heures du matin, la Feldgendarmerie, soutenue par la police française, lance une effroyable rafle à Lens et dans le bassin minier.
Alors que les accords Laval-Oberg ne concernent que les apatrides et réfugiés et semblent épargner les ressortissants français, 50 juifs français sont aussi arrêtés. Il s’agit pour la presque totalité d’entre eux d’enfants de moins de 17 ans, nés en France de parents étrangers.
Ainsi, sans distinction d’âge ni de sexe, 317 personnes (dont 223 Lensois) sont arrêtées, regroupées et emmenées à la gare. Désignées pour la déportation, elles sont conduites à Auschwitz-Birkenau avec les 1 048 déportés du Transport X qui part de Malines le 15 septembre.
Transcription (document anonymisé).
" Billy-Montigny, le 2 septembre 1942
Le commissaire de police à Monsieur le sous-préfet de Béthune
Objet: Arrestation des israëlites résidant à Billy-Montigny
J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'à 5 heures 20 ce matin des éléments de la Feldgengarmerie de Béthune ont procédé à l'arrestation des israëlites dont les noms suivent :
- ... Aria - 42 ans - 8 rue du Bois
- ..., née ... Pesa - 32 ans - 8 rue du Bois
- ... Jeanine - 9 ans - 8 rue du Bois
- ... Bella - 12 ans - 8 rue du Bois
- ... Berek - 48 ans - 66 rue de la Gare
- ... Polcia - 41 ans - 66 rue de la Gare
- ... Guy - 7 ans - 66 rue de la Gare
- ... Claude - 7 ans - 66 rue de la Gare
- ... Jacques - 5 ans - 66 rue de la Gare
Cette opération n'a donné lieu à aucun incident.
Le juif ... Boris, 20 ans, employé à l'Usine Sartiaux d'Hénin-Liétard, ne se trouvant pas au domicile de ses parents, 66 rue de la Gare, n'a pas pu être arrêté. "
Protéger !
Face aux bouleversements et aux dévastations résultant de la Seconde Guerre mondiale, les Nations unies adoptent, à Paris, le 10 décembre 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’article 25 affirme que " la maternité et l’enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciale ". Soucieux de la vulnérabilité des enfants, les 58 États membres veulent ainsi reconnaître et protéger leurs droits fondamentaux.
En mai 1948, un appel mondial des Nations unies en faveur de l’enfance a été lancé en vue de récolter des fonds au profit d’enfants, d’adolescents, de femmes enceintes et de mères allaitantes sans distinction de race, de religion, de nationalité ou d’opinion publique.