Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Pour les industriels, les enfants représentent une main-d'œuvre bon marché, corvéable à souhait, ce qui explique un certain nombre de réticences de leur part face à l'application des lois.
Dans les campagnes, où les enfants sont fortement sollicités par leurs familles pour aider aux champs, l'absentéisme scolaire est très élevé, surtout à l'apparition des beaux jours. Ce phénomène est d'autant plus grand que les travaux agricoles sont peu contrôlés par les autorités, contrairement au travail manufacturé et industriel.
Les enfants au travail
Le travail précoce des enfants ne devient une réalité observable que lorsque les autorités décident de le réglementer et de le contrôler. C’est aussi au XIXe siècle que l’enfant prend une place plus importante dans la société et devient progressivement l’affaire du domaine public.
Avant cela, on trouve trace d’enfants au travail au hasard de documents comme les registres paroissiaux. Celui ci-dessous fait apparaître le décès par accident de Melaine Lavoisne, jeune maçon de treize ans, tombé de l’église Saint-Léger de Lens le 4 avril 1779.
... dans les mines
Comme les y autorise la législation de l’époque, les compagnies minières affectent le galibot dès l’âge de 14 ans aux travaux du fond. Lorsque sa force physique est suffisamment développée, il devient rouleur (ou hercheur).
Transcription du rapport d'accident :
" Nom et prénoms : Canette François, âgé de 15 ans 1/2
Nature de l'industrie : mines de houille
Chef de l'Industrie : Leroy, directeur
Localité : Bruay, fosse n° 3
Genre d'occupation du blessé : hercheur
Date de l'accident : 23 septembre 1889
Nature de l'accident : fracture du bras
Suites de l'accident : Incapacité de travail de deux mois
Le jeune Canette travaillait au fond de la fosse n°3. Il poussait la berline 8 contre le convoi. Ponchel arrive avec la berline 9. Canette lui crie d'arrêter et porte la main en arrière pour maintenir la berline qui arrivait. Ponchel, prévenu trop tard, ne peut que modérer la vitesse de sa berline qui serre le pauvre Canette contre la berline 8 et lui fracture le bras. Il en résulte une incapacité de travail de deux mois. Ponchel ne pouvait voir la lampe de Canette par suite de leurs positions respectives. C'est un accident que Ponchel a cherché à prévenir en faisant tous ses efforts pour arrêter sa berline. Elle l'a entrainé sans que Canette puisse se mettre hors voie. "
Conformément à l’article 24 de la loi du 2 novembre 1892 sur le travail des enfants, des filles et des femmes dans les établissements industriels, les conseils généraux doivent instituer des commissions chargées de présenter des rapports sur son exécution et sur des améliorations éventuelles. En 1923, la commission de l’arrondissement de Saint-Pol en demande certains assouplissements. Face à la précarité et à l’équilibre fragile des familles ouvrières, le travail des enfants est une véritable nécessité et cette main-d’œuvre au faible coût, formée par les parents, présente un réel intérêt économique pour les entrepreneurs.
Ce consensus en faveur du travail précoce explique à la fois les réticences face à l’application des lois et l’abolition tardive du travail des enfants de moins de seize ans (1959).
... dans les champs
Bien que la loi Ferry de 1882 rende l’instruction primaire obligatoire pour les enfants des deux sexes de six ans révolus à treize ans révolus , l’absentéisme scolaire demeure, au début du XXe siècle, une habitude dans les campagnes.
Transcription du Courrier de l’inspecteur d’académie au préfet du Pas-de-Calais relatif à la fréquentation scolaire, 21 avril 1905.
" Il n'est pas douteux que l'émigration temporaire des enfants de certaines communes du canton de Marquion porte le plus grave préjudice à la fréquentation scolaire. Les communes de Rumaucourt, d'Écourt-Saint-Quentin, de Sauchy-Cauchy, de Sauchy-Lestrée sont les plus affectées par cette habitude qu'ont les habitants de partir dès avril et mai pour les travaux agricoles de la Champagne, de la Brie.
Ainsi, par exemple, il part environ 600 personnes chaque année d'Écourt-Saint-Quentin ; sur ce nombre, il y a 35 à 40 enfants d'âge scolaire (de 9 à 13 ans). "
La généralisation de l’obligation scolaire rencontre d’importantes résistances dans une société encore largement rurale. Les enfants sont employés dans l’agriculture, soit pour aider leurs parents, soit comme domestiques dans de grandes exploitations. C’est dans ce contexte que les grandes vacances sont instaurées.
Alors que le travail des enfants dans les industries et les manufactures est très réglementé, les travaux agricoles sont en revanche peu contrôlés par les autorités.
À partir de 6 ans, les enfants sont employés à des travaux qui n’exigent pas de force physique : gardien de troupeau, meneur de bœufs, ramasseur de légumes. Ils participent aussi au foin, à la moisson ou à l’arrachage, puis à des tâches plus pénibles lorsqu’ils grandissent.
La gratuité de l’école et l’octroi d’allocations familiales aux enfants scolarisés permettent progressivement de changer les mentalités en faisant de l’école la norme.
Apprentissage
Jusqu’à la Révolution, et leur abolition en 1791, ce sont les corporations qui prennent en charge les jeunes désireux d’apprendre un métier. Il faut ensuite attendre 1851 pour qu’un débat parlementaire soulève la question des adolescents travaillant en qualité d'apprenti.
La loi de 1841 sur le travail des enfants ne concerne pas l’artisanat où l'emploi de jeunes n'est soumis à aucune contrainte.
Le texte de 1851 définit le contrat de travail et les obligations réciproques du maître et de l'apprenti :
Le contrat d'apprentissage est celui par lequel un fabricant, un chef d'atelier ou un ouvrier s'oblige à enseigner la pratique de sa profession à une autre personne qui s'oblige, en retour, à travailler pour lui : le tout à des conditions et pendant un temps convenus.
Les relations maître-apprenti reprennent les conceptions paternalistes de l’Ancien Régime.
Le maître doit se conduire envers l'apprenti en bon père de famille, surveiller sa conduite et ses moeurs, soit dans la maison, soit au dehors, et avertir ses parents ou leurs représentants des fautes graves qu'il pourrait commettre ou des penchants vicieux qu'il pourrait manifester. Il doit aussi les prévenir, sans retard, en cas de maladie, d'absence, ou de tout fait de nature à motiver leur intervention. Il n'emploiera l'apprenti, sauf conventions contraires, qu'aux travaux et services qui se rattachent à l'exercice de sa profession. Il ne l'emploiera jamais à ceux qui seraient insalubres et au-dessus de ses forces.
Le centre mixte d’apprentissage d’Arras est créé en 1939, suite au décret du 21 septembre instituant les centres de formation professionnelle.
L’objectif de ces établissements est de former, pour l’industrie et le commerce ainsi que pour l’artisanat, des ouvriers qualifiés et des employés d’exécution.
Ils rassemblent les filles et les garçons ayant terminé leur scolarité obligatoire.
Les élèves, à l’issue des trois années d’apprentissage, se présentent au certificat d’aptitude professionnel (C.A.P.).