Avant la scolarisation rendue obligatoire à la fin du XIXe siècle, l'enseignement prodigué aux enfants est très disparate selon les origines sociales. Les familles aisées et cultivées s'attachent à offrir une éducation de qualité à leurs enfants, mais ce cas est loin d'être une généralité, bien au contraire. C'est pourquoi l'école publique tente de gommer les disparités de milieu afin d'offrir les mêmes chances à tous les élèves.

Un exemple d'éducation au XVIIIe siècle

Cahier du maître tenu par Ferdinand Dubois de Fosseux, 1781-1782. Archives départementales du Pas-de-Calais, 32 J 223.

Ferdinand Dubois de Fosseux, secrétaire de l'Académie d'Arras à partir de 1785, est le premier maire d'Arras, élu le 25 janvier 1790. Père de six enfants, il prend la décision d’être leur précepteur et d’apprendre le latin à ses filles comme à ses garçons. "Il m’est passé par la tête de faire une entreprise courageuse et peut-être insensée, d’être l’instituteur de tous ces enfants et de leur apprendre ce que je sais"  écrit-il dans une lettre le 6 juin 1786.

Dans un discours à l’Académie d’Arras, il dresse le portrait de l’enseignant idéal à qui il faut "un peu de ce qu’on appelle l’esprit, beaucoup de ce qu’on appelle du génie, un grand fond de raison, un certain nombre de connaissances, une façon de penser délicate, une patience à toute épreuve, du tact, de la finesse, du discernement, de la fermeté, surtout de la douceur".

Du 21 octobre 1781 au 21 février 1782, Dubois de Fosseux tient quotidiennement un cahier du maître sur lequel il note les heures de classe, les matières enseignées et les points mérités par ses deux aînés Vacquerie (son fils aîné Antoine) et Jeannette.

Outre les matières classiques, telles que le catéchisme, l’arithmétique ou le latin, les enfants de Ferdinand Dubois de Fosseux sont également initiés à l’art du dessin, discipline dans laquelle la jeune Suzanne, née en 1775, s’illustre de manière particulièrement brillante. Emprisonnée sous la Terreur, à la prison de la Providence d’Arras, elle meurt en 1794 à l’âge de 19 ans.

L’entrée du village, dessin à la sanguine signé Suzanne, sans date. Archives départementales du Pas-de-Calais, 32 J 262.

 À l’initiative de leur père qui, en sa qualité de secrétaire de l’Académie d’Arras, a entretenu une abondante correspondance – l’Académie compte plus de mille correspondants en 1789 – les enfants Dubois de Fosseux se lancent à leur tour dans de nombreuses relations épistolaires et conservent les minutes de leurs expéditions.

Correspondance de Joseph Dubois de Fosseux. Minute de la première lettre adressée à Robert Fevez, de Bar-le-Duc, 2 juillet 1791. Archives départementales du Pas-de-Calais, 32 J 421.

Dans cette lettre adressée à Robert Fevez, de Bar-le-Duc le 2 juillet 1791, le jeune Joseph, âgé de 12 ans, évoque les leçons dont il bénéficie auprès de son père :

"...[quant] au dessin je n'ai appris que quelques jours ensuite mon maître est mort et comme je n'avais pas beaucoup de goût j'en suis resté là. Mes soeurs l'apprennent. Il est fâcheux pour vous de ne pas avoir de maitre puisque vous avez du goût. 

Lorsque j'ai travaillé je ne peux pas me délasser comme vous en jouant au violon car je n'ai pas appris, instrument qui doit être fort amusant. Je vous loue fort de bien choisir les livres car quand on a de mauvais livres on ne s'instruit pas, on prend de mauvaises instructions. Un chose pour laquelle j'ai beaucoup de goût c'est l'écriture c'est pourquoi quand je n'ai rien autre chose à faire je m'amuse à copier des livres. Comme mon papa a une grande bibliothèque je peux choisir ceux que je veux. J'étudie l'histoire ainsi que l'arithmétique. papa a toujours eu la bonté de mon instruction de sorte que je n'ai jamais quitté la maison paternelle ce qui m'a toujours fait le plus grand plaisir..."

La vie à l'école

Au milieu du XIXe siècle, Auguste Friedrich Fröbel installe, en Allemagne, une institution pour l’éducation des petits enfants qu’il nomme "Kindergarten" (jardin d’enfants). Il pose les fondements d’une doctrine pédagogique, fondée sur le jeu, conçue pour les jeunes enfants de 2 à 6 ans.

La loi Roussel, du 23 décembre 1874, instaure en France la surveillance nationale des enfants placés en nourrice et permet la mise en place de garderies et de jardins d’enfants, inspirés du modèle allemand, qui s’adressent en priorité aux classes populaires.

Hénin-Liétard. Jardin d'enfants, 1920. Archives départementales du Pas-de-Calais, 8 Fi 1739.
Cahier-journal de François Leroy. École de Gennes-Ivergny, année scolaire 1898-1899. Archives départementales du Pas-de-Calais, T 2434.

Reflet attachant d’une époque, ce cahier de cours moyen de l’année scolaire 1898-1899, ayant appartenu à François Leroy, fils de l’instituteur de l’école communale de Gennes-Ivergny âgé de dix ans, nous renseigne sur la pédagogie de la fin du XIXe.

Plus qu’un simple cahier d’écolier, il est aussi un témoignage vivant des mentalités et de ce qu’était la France à la veille du XXe siècle. Il permet de mieux comprendre notre Histoire. Cartes des colonies africaines, frontières de la France amputées de l’Alsace et de la Moselle, éveil au patriotisme, enseignement des valeurs de travail, d’honneur et de devoir : l’école forme les consciences des futurs jeunes soldats. Quinze ans plus tard, la guerre 1914-1918 fera passer sous les drapeaux près de huit millions de Français en quatre ans.

L’élève François Leroy, devenu caporal dans le 79ième régiment d’infanterie, est mort pour la France lors des combats de la Somme le 3 octobre 1914.

Au début du XXe siècle, les salles de classe, qui jusque-là étaient des locaux assez rudimentaires, se modernisent. Elles sont aérées, dotées d’éclairage et de chauffage et même décorées d’images, voire de frises.

"Mines de Lens. Fosse n° 11. École enfantine. Intérieur", [1918-1929]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 45 Fi 108.
Portrait de deux fillettes en tablier, [1915-1916]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 Fi 3047.

Au début du XXe siècle, les écoliers, filles et garçons, portent tous une blouse.

Cet "uniforme" conforte le message laïc et égalitaire de la Troisième République.

Le prix élevé des costumes peut être ressenti pour les familles modestes comme un frein à la scolarisation.

Le port de la blouse protège les vêtements et dissimule les différences de conditions que révèle la tenue vestimentaire.

Boutonnée dans le dos, elle impose aussi un principe de solidarité, puisque les écoliers doivent s'entraider pour la fermer.

Grâce aux progrès techniques de la photographie qui permettent de raccourcir les temps de pose, sa pratique se démocratise dans les années 1860. "La photo de classe" devient rapidement une tradition dans les établissements scolaires. 

Aix-en-Issart. Portrait collectif des élèves et de l'instituteur, [1950-1960]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 Fi 2704.

La fête de l’école, ou kermesse, clôture traditionnellement l'année scolaire des écoles maternelles et élémentaires.

"Arras. Fête des écoles 1905. Au Rietz de Saint-Sauveur" : carte postale, 1905. Archives départementales du Pas-de-Calais, 38 Fi 1078.

L'enseignement

Les matières enseignées se diversifient et se spécialisent, évoluant avec leur époque.

Planche de la méthode phonomimique d’Augustin Grosselin, sans date. Archives départementales du Pas-de-Calais, T 8060.

Entre 1861 et 1867, Augustin Grosselin (1800-1870) met au point une méthode phonomimique (de "phono" : son et "mime" : geste) d’enseignement de la lecture pour aider son épouse, qui instruit elle-même ses enfants.

Ce procédé " consiste à mettre à côté, non de l'écriture, mais de la parole elle-même, trente-trois gestes onomatopéiques rappelant à la vue les mêmes idées que les sons et les articulations de la voix rappellent à l'ouïe ".

Chaque émission de voix, son ou articulation, correspond, dans l'alphabet phonomimique, à un geste qui lui est propre. Cette méthode a également pour ambition de permettre aux sourds-muets d'entrer en communication avec les entendants.

Augustin Grosselin est aussi l’inventeur de la sténographie.

Album photographique d'Edmond Félicien Cornaille (1858-?), professeur de physique au lycée d'Arras. - Exercices pratiques au Collège d'Arras [par les élèves de M. Cornaille], 1913. Archives départementales du Pas-de-Calais, 3 Fi 770.
Concours départemental des collèges sur la commémoration du bicentenaire de la Révolution française, 1989. - Bande dessinée créée par des élèves du collège Jean Zay de Lens. Archives départementales du Pas-de-Calais, 1720 W 18.