Lutter contre les maladies

Au fil des années, les moyens de lutte contre les maladies se développent, particulièrement auprès du jeune public (vaccins contre la variole, la scarlatine ou encore la tuberculose, etc.). Des instituts spécialisés voient le jour, tournés vers des pathologies affectant durablement les enfants, comme on a pu le voir à Berck dès le XIXe siècle.

Victor Fumouze-Albespeyres, Souffrances des enfants. Dentition, maladies ou indispositions. Guide des mères, Paris, Vermot éditeur, [1890]. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHA 1039/2.

Prévenir

Estimant que la mère doit être au centre de la politique de prévention et de santé, le pharmacien parisien Victor Fumouze-Albespeyres a l’idée de créer un "livret de l’enfant", dans lequel il donne des conseils sur l’éducation, l’hygiène et les maladies infantiles. Les mères peuvent également y consigner les problèmes de santé de leurs enfants. Il s’agit avant tout d’un livret publicitaire qui vante les bienfaits du sirop et de la pâte Berthé, à base de codéine, spécialité de la maison Fumouze.

À partir de 1890, s’amorce une baisse radicale de la mortalité infantile. Les mères prennent conscience que leur enfant a toutes les chances de survivre si elles suivent les prescriptions et les recommandations des médecins.

Extrait des registres aux arrêtes du préfet du département du Pas-de-Calais, Circulaires relative au moyen de propager l’inoculation de la vaccine, an XII. Archives départementales du Pas-de-Calais, 17 FIC 468.

Vacciner

En 1796, un médecin anglais, Edward Jenner, fait le constat que les personnes en contact avec des animaux atteints de la variole bovine, la vaccine (du latin vacca, vache), ne contractent jamais la variole. Il a alors l’idée d’inoculer la souche animale de la maladie à ses patients pour les protéger, concevant ainsi le principe de la vaccination.

Le succès de cette méthode est tel que de grandes campagnes de vaccination contre cette maladie, qui à cette époque tue un enfant sur dix en France, s’organisent dans toute l’Europe au début du XIXe siècle. La variole est totalement éradiquée aujourd’hui.

Rapport de gendarmerie concernant une épidémie de scarlatine et d’angine dans la commune de Noyelles-sous-Bellone, 8 février 1912. Archives départementales du Pas-de-Calais, M 1547.

Au début du XXe siècle, la scarlatine est encore une maladie qui effraie, en raison de sa contagiosité très importante et des complications parfois mortelles qu’elle peut provoquer. Les personnes atteintes, essentiellement des enfants en bas âge, sont isolées pendant une période de 40 jours. Les premiers signes de la scarlatine la font parfois confondre avec une angine.

Un décret de 1903 impose que les gendarmes signalent à l'autorité administrative les épidémies contagieuses qui se déclarent dans les communes, tant sur les hommes que sur les animaux. Ils doivent également veiller à ce que les mesures de police sanitaire soient observées.

Campagne nationale du timbre antituberculeux 1927. "Le baiser au soleil", affiche, 1927. Archives départementales du Pas-de-Calais, 17 FIB 1088.

C’est en 1924 que le BCG est découvert. Pour financer les campagnes de vaccination, le Comité national de défense contre la tuberculose crée le timbre antituberculeux.

Représentative de la propagande en faveur de la prévention, cette "vignette" est à la fois un moyen populaire d'éducation sanitaire et un levier financier pour alerter l'opinion publique dans son ensemble. Ce sont les écoliers qui, chaque année, sont chargés de vendre des carnets de timbres et de propager les leçons d’hygiène. Le vaccin n’est rendu obligatoire qu’en 1950.

Le baiser au soleil, émis en 1927, est le premier modèle de timbre diffusé en France.

Institut St-François de Sales. Berck-Plage (P.-de-C.). La mécanothérapie, carte postale, [1904-1914]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 5 Fi 108/417.

Soigner

À la fin du XIXe siècle, Jean-François Calot, chirurgien-chef de l’Hôpital maritime de Berck-sur-Mer, met au point un traitement non chirurgical de la tuberculose ostéo-articulaire, qui provoque chez les enfants une déformation en bosse de la colonne vertébrale.

Cette méthode orthopédique permet le redressement progressif du malade à l’aide de tractions et d’appareils plâtrés pour l’immobilisation. 

Berck-Plage. Une salle à l'institut orthopédique du docteur Calot, carte postale, [1900-1904]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 5 Fi 108/418.

Grâce à l’aide financière de la baronne de Rothschild, le docteur Calot fait construire en 1900-1902 un établissement hospitalier de luxe pour les enfants de familles aisées, l’institut orthopédique de Berck (devenu institut Saint-François-de-Sales), dont le plan a été confié à l’architecte Joseph-Charles de Guirard de Montarnal (1867-1947). Il est l’un des premiers en France à disposer de galeries extérieures pour la cure héliotropique, mais aussi à posséder un appareil de radiographie.

Hôpital Bouville, sanatorium maritime, Berck-Plage, carte postale, [1910-1920]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 5 Fi 108/344.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, à Groffliers, une vielle femme, la veuve Duhamel, accueille des enfants assistés atteints de scrofule ou de tuberculose. Elle promène, dans une brouette, les petits malades sur la plage où ils profitent du grand air et leur donne des bains de mer. Contre toute attente, certains guérissent au contact de l'air iodé et du soleil.

Paul Perrochaud, médecin inspecteur de l'Assistance publique de Paris, crée, à l'entrée de la baie d'Authie, un hôpital provisoire – dont l’impératrice Eugénie fera l’hôpital maritime de Berck - pour poursuivre ses essais de traitement marin. Il confie les enfants hospitalisés à Marie-Anne Brillard, surnommée "Marianne-Toute-Seule", qui habite une cabane sur la plage.

En 1902, Mme Bouville, autre bienfaitrice de Berck, donne son nom à un sanatorium marin qui soigne les rachitiques par héliothérapie (exposition au soleil). Les enfants sont exposés face à la mer, allongés sur leur gouttière.

Berck-Plage. Hôpital Cazin, carte postale, [1920-1924]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 5 FI 108/319.

Pierre-Joseph-Henri Cazin, chirurgien né à Samer, a largement contribué au développement des hôpitaux berckois, aux côtés de son beau-père Paul Perrochaud. Ils sont tous deux les précurseurs du "Berck-Médical".

En 1879, l’administration de l’Assistance publique de Paris le nomme médecin et chirurgien de l’Hôpital maritime de Berck, où les enfants malades le surnomment "Papa Cazin".

Protéger les enfants abandonnés

Les enfants abandonnés à leur naissance sont particulièrement vulnérables. Dès la fin du XVIIIe siècle, un soin spécifique est apporté aux mesures d'assistance destinées à les secourir. L'assistance publique devient ainsi une des grands principes de la République.

Bureau des hospices de Boulogne, correspondance adressée au ministre de l’Intérieur relative aux enfants trouvés, 23 ventôse an IX. Archives départementales du Pas-de-Calais, 2 H-dépôt/Q/3.

L’abandon d’enfants se développe considérablement au cours des XVIIIe et XIXe siècles.

Naissances illégitimes, procréations avant le mariage, crises de subsistance sont les causes principales d’abandons massifs.

À une époque où la contraception est très peu répandue et où l’avortement est considéré comme un infanticide, il est la seule solution pour les filles-mères qui ne peuvent assumer leurs enfants, sur le plan matériel comme sur le plan social, et pour les familles miséreuses soucieuses de se libérer d'une bouche de trop.

Registre des enfants trouvés et mis en nourrice par l’hôpital de Boulogne, 1785-1789. Archives départementales du Pas-de-Calais, 3 H-dépôt/G/9.

Les enfants abandonnés sont dits "exposés", lorsqu’ils sont déposés dans des lieux publics ou à proximité d’une église ou de l’hôpital. Ils sont alors confiés à une institution, souvent religieuse, puis placés en nourrice après avoir été baptisés.

L’établissement d’accueil tient un registre des enfants trouvés, où sont décrits les vêtements et les linges qui emmaillotent le nourrisson ainsi que les signes distinctifs éventuels laissés par la mère, qui a parfois pris soin de laisser un billet de recommandation. 

" [...] Ce jourdhuy vingt avril 1785 [...] il a été reçu à l'hôpital de cette ville un enfant garçon vêtu d'un mauvais corps bleu à rayes blanche, d'une jupe de froc blanc et d'un mauvais bonnet. Lequel enfant paroit être âgé d'environ quatre ans, avoit un billet attaché à l'épaule et en ses termes : "ma chère soeur je vous prie de recevoir cet enfant et d'en avoir pitié." Retiré le dix may 1785. [...] "

Les enfants abandonnés ne sont pas gardés dans les hospices, incapables de nourrir les bébés. Quelques jours après leur dépôt, ils sont envoyés à la campagne dans des familles nourricières.

Leur mortalité est très élevée, près de 80 % décèdent avant un an.

Extrait des registres des délibérations du Directoire exécutif [copie manuscrite envoyée dans les départements pour être imprimée et affichée], 30 ventôse an V. Archives départementales du Pas-de-Calais, 2 H-dépôt/Q/3.

Cette situation catastrophique est une préoccupation pour les révolutionnaires dès 1790. La loi du 27 frimaire an V met en place les grands principes du gouvernement sur l'assistance des enfants abandonnés.

" Le directoire exécutif [...] est chargé de déterminer par un règlement la manière dont seront élevés et instruits les enfants abandonnés. [...]

Article 1. Les enfants abandonnés et désignés par la loi du 27 brumaire an 3 ne seront point conservés dans les hospices où ils auront été déposés, exceptés le cas de maladie ou accidents graves qui en empêchent le transport, ce premier asile ne devant être considéré que comme un dépôt en attendant que les enfants puissent être placés suivant leur âge chez des nourrices ou mis en pension chez des particuliers. "