La mortalité excessive des enfants impacte fortement le déficit démographique d'un pays. C'est pourquoi les gouvernements successifs ont toujours veillé à ce que la lutte contre la mortalité infantile demeure une priorité nationale.
À ce titre, ils se sont appuyés sur des politiques d'assistance en faveur de la santé des enfants : détection des épidémies et maladies infantiles, lutte contre la malnutrition ou encore éducation sanitaire des mères grâce à des campagnes de prévention aux messages pédagogiques forts ; voici quelques exemples des mesures imaginées.
Contrôle des nourrices
Bien que le lait maternel ait toujours été considéré comme le meilleur moyen de nourrir son enfant, la mise en nourrice est de règle dans les familles aisées. Il s’agit souvent de "nourrices sur lieu" qui s’installent au domicile du nourrisson pour l’allaiter.
À partir du XIXe siècle, les ouvrières des villes, pour qui l’allaitement est une contrainte, placent leurs enfants à la campagne. C’est aussi à ces "nourrices sur place" que sont confiés les enfants abandonnés de l’Assistance publique.
Dans les années 1870, la France connaît un fort déficit démographique, dû à une baisse de la natalité et surtout à une mortalité excessive. La lutte contre la mortalité infantile et la construction d’une véritable politique d’assistance en faveur de la santé des enfants deviennent une priorité de la Troisième République.
Conformément à la loi du 23 décembre 1874, relative à la protection des enfants du premier âge, "tout enfant âgé de moins de deux ans, qui est placé, moyennant salaire, en nourrice, en sevrage ou en garde, hors du domicile de ses parents, devient, par ce fait, l'objet d'une surveillance de l'autorité publique ayant pour but de protéger sa vie et sa santé".
Les nourrices sont placées sous le contrôle de l’administration, garante de leurs bonnes mœurs et des bonnes conditions d’accueil des enfants. Elles sont également soumises à une surveillance médicale.
La Goutte de lait
Si les maladies infantiles et les épidémies sont encore à l’origine de nombreux décès chez les enfants en bas âge durant le XIXe siècle, ce sont les entérites et les diarrhées, causées par l’allaitement artificiel au biberon, qui provoquent la moitié des morts prématurées chez les nourrissons. Il faut attendre les découvertes de Pasteur pour enrayer cette hécatombe grâce à la stérilisation.
En 1894, le docteur Léon Dufour fonde, à Fécamp, l'œuvre de la Goutte de lait qui se charge de préparer le lait destiné aux enfants que la mère ne peut nourrir au sein. Cette initiative prend très rapidement une dimension nationale. Outre la distribution de lait pasteurisé, on y assure une consultation quotidienne et gratuite des nourrissons.
Chaque enfant bénéficiant du suivi sanitaire instauré par la Goutte de lait reçoit un livret dans lequel sont consignés son poids, ses prises de lait et sa croissance. Cette surveillance médicale de la petite enfance, les campagnes de prévention et les progrès de la puériculture ont permis d’enrayer la surmortalité infantile au cours du XXe siècle.
La consultation des nourrissons est l’occasion de délivrer des messages de prévention et de sensibilisation auprès des mères. Il s’agit de lier l’action médicale à l’action sociale et éducative pour lutter contre l’ignorance et les pratiques dangereuses, notamment en matière de nutrition.
Contrôle sanitaire à l'école
Dès 1793, un projet de décret s’intéressant à la santé des enfants scolarisés, déposé par le député Joseph Lakanal, marque les prémisses de "l’inspection médicale scolaire". Ce projet est repris en 1886 par Jules Ferry dans sa loi d’organisation de l’instruction publique.
Des visites médicales sont établies dans les écoles primaires, mais il faut attendre 1946 pour que ces mesures, jusque-là laissées à l’appréciation des communes, deviennent obligatoires. L’école a pour mission d’éduquer les élèves à la santé et à la prévention, mais aussi de mettre en œuvre un suivi médical tout au long de la scolarité.
Dans les années 1920, pour lutter contre la malnutrition des enfants au sortir de la Grande Guerre, une distribution de cacao et de lait est mise en place dans les écoles.
C’est sous l’impulsion de Pierre Mendès France qu’une grande campagne de propagande et de distribution de lait intitulée Pour être studieux, forts et vigoureux, buvez du lait ! est organisée pour les enfants de 4 à 8 ans durant l’année scolaire 1954-1955.
En août 1956, le ministère de l'Éducation nationale du gouvernement Guy Mollet adopte une circulaire interdisant de servir toute boisson alcoolisée dans les écoles aux enfants de moins de 14 ans.