L'ampleur des destructions et l'état de ruine du département est bien connu en 1918. Il a été, à l'époque, abondamment photographié, filmé, commenté. Ajoutons à ce cortège d'image les mots de Charles Jonnart, président du Conseil général du Pas-de-Calais :
Je me rendis d'abord dans la région d'Arras et de Béthune que l'armée allemande avait occupé pendant près de quatre ans et que j'avais tant de fois parcourue jadis alors qu'elle était florissante et prospère ; quelques amis m'accompagnaient [...] Ils n'espéraient point retrouver leurs maisons debout, mais du moins l'emplacement des habitations où leurs pères avaient vécu, où ils étaient nés, où ils croyaient mourir en paix après avoir bien travaillé et contribué à enrichir leur petite patrie. Quelles angoissantes recherches ! L'emplacement même des maisons dans le désordre des ruines, il nous fallut quelquefois des heures pour le fixer avec certitude. Devant nous, plus un village, plus un arbre ; le chaos, la mort dans un immense désert.
Reconstruction de maisons ouvrières des mines route d'Arras, par l'entreprise de travaux publics Boulanger. Lens, 1922. Tirage au gélatinobromure d’argent, 13 x 18 cm. Archives départementales du Pas-de-Calais, 8 Fi 1970.
De 1914 à 1918, la ville de Lens est occupée par les Allemands et vidée par là-même de la moitié de ses habitants. Sur place, les Allemands n’hésitent pas à employer tous les moyens pour ruiner l’économie française : inondation des galeries minières, destruction des chevalements, exactions ou encore déportation des populations. Située à proximité du front, Lens est quotidiennement en proie aux bombardements massifs des Britanniques. En 1918, la ville est presque entièrement rasée. À l’image de Reims et d’Arras, elle prend le rang de ville martyre.
Le groupement des Houillères sinistrées obtient de l’État français une somme de 2 millions de francs pour financer les premiers travaux de reconstruction. La tâche est lourde : reconstruire les 8 000 maisons des mines d’avant-guerre détruites, déblaiement des fosses et des cités (2 500 000 mᵌ de gravats sont dégagés), sauvetage des fosses, etc.
La société Boulanger y participe avec plus de 15 000 nouveaux logements. 40 types de maisons sont adoptés. Chaque pavillon comprend 2 à 3 logements avec cave, grenier et de nombreuses annexes. Ces cités sont aussi dotées d’écoles, de dispensaires, de coopératives et d’églises.
Tombes anglaises et sud-africaines de 1916 au sommet de la butte de Warlencourt, au soleil couchant. Warlencourt-Éaucourt, probablement entre les 15 et 21 septembre 1917. Prise de vue : Paul Queste. Tirage au gélatinobromure d’argent, 13 x 18 cm. Archives départementales du Pas-de-Calais, 8 Fi 1160.
Les premiers cimetières militaires sont aménagés au cours de la guerre de position. Le nombre de plus en plus croissant de tués oblige les belligérants à prendre rapidement des décisions légales et des mesures d’organisation pour les cimetières militaires. Pensant dans un premier temps que la guerre serait courte, les Anglais rapatrient leurs morts dans leur pays d’origine. Ce n’est qu’en 1915 que, suite aux pressions sociales, une loi accorde aux Français et alliés décédés le droit à une sépulture individuelle sur son sol. Il faut attendre 1922 pour cette règle s’applique aux Allemands. Chaque mort a droit à une croix ou à une stèle, à un nom et à un emblème patriotique. Après la Grande Guerre, les cimetières provisoires et tombes isolées sont regroupés dans des nécropoles nationales. Parallèlement à cette initiative, de grands mémoriaux sont construits en hommage aux disparus.
Pris à Warlencourt (entre Bapaume et Albert), ce cliché rappelle les combats de la butte de Warlencourt, en automne 1916 : au cours des derniers mois de la bataille de la Somme, les Britanniques tentèrent de récupérer ce point stratégique aux Allemands, au prix de lourdes pertes humaines.
Aujourd’hui, le Pas-de-Calais compte entre autres cinq nécropoles nationales françaises, 625 nécropoles britanniques et 19 cimetières militaires allemands.