Apprendre la logistique domestique

Jusqu’en 1881, le temps scolaire est restreint, surtout pour les filles. Le reste de la journée est parfois consacré à l’enseignement ménager dans des ouvroirs tenus par des religieuses ou des dames d'œuvre. Les filles y apprennent la couture, la cuisine, le blanchissage et à tenir une maison. Ces institutions ont aussi une ambition de formation professionnelle ; elles forment les jeunes filles aux métiers féminins traditionnels : cuisinières, lingères, couturières.

Hénin-Liétard, ouvroir, photographie prise à l’occasion de la visite de Jules-Louis Breton, ministre de l’Hygiène sociale, le 28 juin 1920. Archives départementales du Pas-de-Calais, 8 FiD 1744.
Délibération du conseil municipal de Bapaume concernant une subvention de 600 francs destinée à fournir du pain aux jeunes indigentes de l’ouvroir, 3 mars 1842. Archives départementales du Pas-de-Calais, 2 O 611/3.

 Au XIXe siècle, les congrégations religieuses annexent à leurs écoles des ouvroirs pour lesquels elles reçoivent des subventions municipales. Ces ateliers de charité permettent aux jeunes indigentes à la fois d’apprendre les travaux d’aiguille et de gagner un peu d’argent.

C'est ainsi que le Conseil municipal de la Ville de Bapaume délibère le 3 mars 1842 pour une subvention de 600 francs destinée à fournir le pain aux jeunes indigentes de l'ouvroir.

"Considérant que l'ouvroir annexé à l'Ecole des Soeurs ne produit pas tout le bien qu'on s'en était promis parce que plusieurs jeunes indigentes susceptibles d'y entrer en sont empêchées par leurs parents qui les envoient de préférence ramasser des chiffons ou même mendier, disant que leur travail suffit à leur nourriture personnelle tandis que si elles étaient à l'ouvroir elles se trouveraient pendant plusieurs mois à leur charge ;

Considérant que les prétextes allégués par ces parents ne laissent pas que d'avoir une certaine apparence de raison capable d'en séduire encore d'autres et qu'il serait bien avantageux de pouvoir les faire tomber en donnant du pain pendant un certain temps aux jeunes indigentes admises à l'ouvroir ;

Emet le voeu qu'il soit accordé à la Commune sur les fonds généraux affectés à l'instruction publique la somme de six cent francs destinée à subventionner l'ouvroir et à mettre l'administration à même de donner du pain aux jeunes indigentes qui y travaillent..."

Education physique et sanitaire

À la même époque, la culture physique fait son apparition dans les programmes scolaires publics ; pour les autorités il est important de former des citoyens en bonne santé physique, à l'esprit éclairé et aux valeurs patriotiques.

Cité des cheminots de Lens. Élèves de l'école de garçons pratiquant des exercices de gymnastique sur un portique, selon la méthode Hébert. [1918-1929]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 45 Fi 136.

Sous la Troisième République, la gymnastique est rendue obligatoire dans tous les établissements d'instruction publique de garçons à partir de 1880. L'obligation est rapidement étendue aux filles.

En rendant l’école obligatoire, il s’agit, pour les autorités, de dispenser une éducation intellectuelle, mais aussi physique et sanitaire.

L’expérience avortée des "bataillons scolaires" confirme le souci des gouvernements républicains successifs d’associer le militaire, le gymnaste et l’instituteur  dans leur croisade morale, hygiénique et patriotique.

La méthode de gymnastique "naturelle, virile et morale" de Georges Hébert, ancien officier de marine, répartit les activités quotidiennes en dix "familles naturelles" d’exercices comme la marche, la course, les sauts, l’équilibre….

Elle est pratiquée dans les écoles après la Première Guerre mondiale.

Stade de la cité des cheminots de Lens. Élèves de l'école des filles pratiquant des exercices de gymnastique selon la méthode Hébert, [1918-1929]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 45 Fi 142.

Lutter contre l'oisiveté

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les autorités ecclésiastiques mettent en place des patronages paroissiaux, afin d’assurer une formation religieuse aux jeunes garçons qui désertent les églises et d’occuper sainement les plus instables.

Arras. Patronage Notre-Dame des Ardents. Une excursion à Lucheux, carte postale, [1920-1940]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 38 FI 1104.

Ces œuvres catholiques de jeunesse, dirigées par des prêtres, proposent de nombreuses animations après la classe pour lutter contre l’oisiveté. Elles emmènent aussi les jeunes gens en excursion. Les républicains anticléricaux, très critiques face aux patronages catholiques, créent sur ce modèle des associations laïques. Les activités sont les mêmes, seules les valeurs différent.  

Colonie de vacances de la ville de Bois-Colombes à Stella-Plage, [1920-1939]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 FI 4061.

À partir de 1912, la durée des vacances scolaires d’été passe à deux mois et demi (du 14 juillet au 1er octobre), afin de permettre aux enfants des campagnes d’aider aux travaux des champs.

Si les enfants des familles bourgeoises partent en villégiature avec leurs parents, les petits citadins de condition modeste sont accueillis dans des colonies de vacances. Ces structures reçoivent à la mer ou à la campagne les enfants souffreteux des villes pour les fortifier, leur offrir la possibilité de respirer le grand air et de découvrir de nouveaux milieux.

Ainsi, au lendemain de la Première Guerre mondiale, les petits Parisiens sont envoyés sur les plages de la Côte d’Opale. Les colonies de vacances sont aussi l’occasion d’apprendre les règles d’hygiène et de la vie en groupe. 

Camp scout du Viel-Fort, Houdain, 1928. Archives départementales du Pas-de-Calais, 45 FI 204.

En août 1907, Robert Baden Powell, fondateur du scoutisme, organise le premier camp scout en Angleterre. Le mouvement se développe rapidement à travers le monde et notamment en France où sont créés dans les années 1910-1919 les Éclaireurs de France(mouvement laïc) et les Éclaireurs Unionistes de France (mouvement protestant).

Le terme éclaireur est la traduction française du mot anglais scout. Ces mouvements de jeunesse proposent aux jeunes garçons des animations de pleine nature et des activités d’entraide et de bienfaisance.
L'uniforme original est inspiré de celui porté par les troupes coloniales britanniques.

Igor Arnstam, Éclaireurs unionistes de France, affiche publicitaire, [1945-1960]. Archives départementales du Pas-de-Calais, 75 J 12/5.

Jouer

Jusqu’au XXe siècle, les jouets manufacturés sont très peu répandus et réservés aux classes aisées. Les enfants fabriquent eux-mêmes toupies, frondes, arcs ou poupées.

Modèles et brevets de jouets en bois déposés au tribunal de commerce de Saint-Omer par les établissements Biermé Van-Oye, fabrique de jouets à Oye-Plage, 1928. Archives départementales du Pas-de-Calais, 6 U 4/401.

La révolution industrielle transforme le monde du jouet, à présent fabriqué dans des usines. Dès 1850, la production augmente, ce qui provoque la baisse des prix et la démocratisation des jouets usinés.

Dans les années 1950-1960, l’arrivée des premières matières plastiques entraîne une nouvelle révolution, faisant progressivement du jouet un objet de consommation courante.

Attraction arrajeoise (sic), manège forain. Photographie de Charles Lecointe (1884-1975), retirée par Jacques Cantraine, 1985. Archives départementales du Pas-de-Calais, 52 Fi non coté